MobiliCités : Depuis quand existe SNCF Partenariat, dans quel but avez-vous décidé de créer cette nouvelle entreprise et sous quelle forme juridique ?

Joël Lebreton : Cette filiale à 100% de la SNCF a été créée début 2012, c'est une SAS que je préside. Il s'agit d'une nouvelle structure destinée à conclure des partenariats complets avec les opérateurs et les collectivités locales. SNCF Proximités a décidé de changer de posture dans ses relations avec les autorités organisatrices de transport; sur les TER, tout le monde le sait, nos relations en tant qu'opérateur n'ont pas toujours été faciles avec les régions. Nous avons donc décidé de revoir nos modes de fonctionnement historiques pour prendre en compte les besoins des AO, notamment des agglomérations. SNCF Partenariat se positionne sur son expertise ferroviaire et entend occuper le champ de l'intermodalité (urbain-périurbain, NDLR).


Pour la SNCF, c'est donc une incursion et une diversification dans le transport urbain via le marché de l'économie mixte dont vous êtes un fin connaisseur puisque vous avez longtemps dirigé Transdev, spécialiste de ce type de partenariat industriel avec les collectivités locales (1) ?

 


Pour l'heure, notre champ d'action formel reste très limité, nous avons remporté le contrat de partenariat avec les Chemins de fer corses début 2012 dans lequel SNCF Partenariat est actionnaire minoritaire aux côtés de la Collectivité territoriale. Nous avons également remporté l'appel d'offres des transports urbains de Metz avec Keolis, et plus récemment celui de Strasbourg. Il ne s'agit pas tant d'une diversification de la SNCF que d'une autre façon d'aborder le sujet : on ne se substitue pas à l'opérateur urbain mais la problématique posée dans un certain nombre d'agglomérations amène la SNCF à se dire qu'il faut mener un travail d'interface entre le mode ferroviaire et le mode urbain.
Nous nous positionnons comme un partenaire de transport intermodal. A Strasbourg, c'est vraiment ce qui s'est passé. En Corse, la Collectivité territoriale a voulu prendre en main ses transports ferroviaires, elle a créé une société d'économie mixte (Sem) et cherché un partenaire ayant une expertise ferroviaire. L'outil de l'économie mixte avec un opérateur industriel a fait la preuve de son efficacité, c'est une réponse pertinente, et la SNCF doit savoir écouter la demande des collectivités locales. C'est fini la SNCF monolithique et centralisatrice, nous devons montrer que nous sommes capables d'apporter des réponses diversifiées en Sem, en Société publique locale et en régie puisque cette tendance se dessine. Nous devons nous positionner comme un partenaire technique aux côtés d'un opérateur urbain, Keolis en l'occurrence.


Peut-on imaginer un tandem avec un autre opérateur, et aussi à l'étranger ?


A l'urbain, en France, nous sommes forcément en groupement avec Keolis. Ailleurs et avec d'autres opérateurs... La question ne s'est pas encore posée, mais pourquoi pas ? La SNCF adopte une nouvelle attitude, celle de la co-construction de projets. Nous la testons aujourd'hui auprès des collectivités locales françaises.


SNCF Partenariat répond-elle à l'appel d'offres de Grenoble où le contrat avec le candidat sortant (Veolia Transdev) s'achève en juin 2013 ?

Oui, nous avons répondu en toute logique puisque la problématique du périurbain se pose pour les transports de Grenoble. Nous apportons le même type de réponse qu'à Strasbourg, c'est-à-dire un partenariat technique avec une réponse ferroviaire.


Quand la SNCF est devenue majoritaire dans Keolis, la crainte des concurrents était un soutien de la SNCF dans les appels d'offres urbains, voire interurbains. C'est le cas avec SNCF Partenariat, non ? La Commission européenne ne risque-t-elle pas d'y voir un abus de position dominante ?

Je ne vois pas les choses ainsi. C'est un peu comme RATP avec sa filiale RATP Dev créée pour conquérir des marchés en province et à l'étranger. SNCF Partenariat appartient au groupe SNCF mais c'est une entité clairement détourée. Tous les contrats que j'ai cité ont été gagnés après appel d'offres, les Sem sont dans le champ du règlement OSP ou en DSP (Obligation de service public et Délégation de service public, NDLR).


La SNCF et Keolis ne sont-ils pas en train de "profiter" des longs mois de flottement du dossier Veolia Transdev qui commence à peine à se dénouer avec la décision de le Caisse des dépôts de prendre le contrôle exclusif du groupe ?

Il est certain que les deux ans d'hésitations et de revirements stratégiques de Veolia Transdev ont créé une vraie incertitude chez les élus qui ne savent pas très bien à qui ils ont à faire. Cela a certainement joué en notre faveur. N'oublions jamais que dans une délégation de service public, il y a certes des considérations techniques et de prix, mais il y a aussi de la confiance.

Propos recueillis par Nathalie Arensonas

(1) Joël Lebreton était aussi délégué général de Trans Cité, association créée en 1986 qui rassemble les élus, les présidents de sociétés d’économie mixte et les directeurs de sociétés de transport public associées à Transdev.