"Faites l’expérience, tapez le mot clé Eurolines sur Google et vous verrez apparaître iDBUS dans les liens publicitaires" (ce lien apparaît ou pas en fonction de votre situation géographique, ndlr). Pour Antoine Michon, directeur d’Eurolines, cette anecdote rapportée lors d’une conférence de presse le 10 septembre 2012, montre que la filiale de la SNCF, qui a lancé en juillet ses lignes régulières internationales par autocar (lire "La SNCF joue les autocaristes"), est bien décidée à croiser le fer avec ses concurrents.

Sans l’inquiéter, cette perspective fait dire au dirigeant d'Eurolines qu’il sera très vigilant sur le respect des règles de concurrence : "La SNCF est une très grosse entreprise qui a des moyens considérables et qui a expliqué qu’elle se donnait quelques années avant que cette nouvelle activité ne soit rentable". Si Antoine Michon "ne fait pas de procès d’intention à la SNCF", il considère que sa position dominante dans le transport ferroviaire lui apporte un avantage non négligeable. Notamment pour l'emplacement de ses haltes ou de ses gares routières.

Quant à savoir si l'arrivée des iDBUS a impacté l'activité d'Eurolines, la réponse est ambigüe : "Oui, nous avons constaté un impact sur les liaisons Paris-Londres et Paris-Amsterdam (les premières lignes ouvertes par iDBUS, ndlr), mais globalement, entre le cabotage et les lignes internationales, nous n'avons pas perdu de chiffre d'affaires.
Bref, il est encore un peu tôt pour savoir si la pression de la concurrence va obliger les acteurs de ce marché à se partager le même gateau ou si cela va attirer une nouvelle clientèle vers l'autocar longue distance. Et donner une nouvelle jeunesse à ce mode de transport en perte de vitesse jusqu'à l'avènement de la crise économique.


Objectif 50 000 voyageurs atteint

Mais cette conférence de presse avait d’abord pour but de tirer un premier bilan d’une année de cabotage (possibilité de réaliser des trajets nationaux sur des lignes internationales par autocar). Depuis septembre 2011, Eurolines a en effet lancé progressivement sur les routes 170 liaisons nationales (340 origines/destinations). Depuis septembre 2011, ces liaisons ont transporté 30 000 personnes, dont 13 000 les trois derniers mois. "Nous tiendrons notre objectif qui est de transporter plus de 50 000 passagers en cabotage sur l’année 2012", relève Antoine Michon.

Ramené au nombre de liaisons, cela fait en moyenne cinq passagers par autocar, soit moins de de 10% de sa capacité (50 places). C’est-à-dire encore loin de la limite fixée par la réglementation qui veut limiter le cabotage par rapport à l'activité des lignes internationales. Mais certaines de ces liaisons, notamment Bordeaux-Paris, Lyon-Paris et Strasbourg-Paris (ces trois-là représentent le tiers du trafic en cabotage d'Eurolines), vont être renforcées pour faire face à la demande.


L'aiguillon de la concurrence

Cette nouvelle activité devrait générer en 2012 un chiffre d’affaires de 1,25 million (25 euros par passager en moyenne) qui s'ajouteront aux 60 millions réalisés par Eurolines avec ses lignes internationales.

En 2013, la filiale de Veolia Transdev va poursuivre le développement de son offre et, aiguillé par la concurrence, améliorer la qualité de service à bord (généralisation du wifi), tout en standardisant ses véhicules. Mais la compagnie d'autocar tient à conserver la politique qui a fait son succès, le low cost.
Enfin, et il était temps, elle va consacrer 1,2 million d’euros à la réfection de la gare routière de Paris-Gallieni (Porte de Bagnolet), et quelques milliers d'euros supplémentaires au lancement de campagnes de communication pour développer sa notoriété.

Robert Viennet