Le mouvement est lancé. Si les années 90/2000ont été celles du tramway qui équipe désormais presque toutes les grandes agglomérations, les années à venir vont être celles du bus à haut niveau de service. BHNS, Une terminologie un peu barbare pour désigner un bus circulant majoritairement en site propre et équipé de vraies stations, pas de simples arrêts.

A Saint-Nazaire c’est une ligne de 9 km dotée de deux branches qui est inaugurée le 1er septembre et sera en service le 3. Baptisé Hélyce, ce projet vise à développer l’utilisation des transports en commun qui font grise mine dans cette ville avec seulement 4% de part de marché. Une raison à cela :la configuration architecturale de la ville datant de l’après guerre et qui fait la part belle aux voitures. Conséquence : aucun problème de stationnement, ni de circulation. Pour autant, les élus nazairiens ont affiché dès 2008 leur volonté de favoriser les déplacements en transport en commun et les modes doux. "Nous avons fait comme tout le monde avec le Grenelle de l’environnement, la hausse des prix du carburant et la raréfaction des énergies premières", explique Olivier Richard, élus en charge des transports à la communauté d’agglomération, la Carene. "Tout cela nécessitait d’avoir une politique incitant à moins utiliser sa voiture".

 

Naissance d’Hélyce

D’où l’idée de construire un site propre réservé aux bus, garantissant l’attractivité du réseau urbain. "Historiquement, les transports collectifs étaient essentiellement tournés vers les personnes captives, les seniors et les scolaires. Nous souhaitions attirer les actifs", rappelle l’élu. Pour cela il fallait desservir à la fois les pôles d’habitat collectif et les zones d’activités.

Avec Hélyce (le nom est un clin d’œil à l’activité maritime, le Y symbolise les deux branches du BHNS), le tracé place 27 000 Nazairiens à moins de 400 mètres de la ligne. Doté de 20 stations, ce BHNS dessert l’hôpital, une polyclinique, l’université, l’IUT, la cité scolaire, le centre-ville de Saint-Nazaire, le quartier Océanis dans lequel est implanté une zone commerciale avec 2500 emplois et la gare. Ce tronc commun (cadencé à 10 minutes) se sépare alors en deux : la première branche relie les chantiers naval, le pôle aérospatial et le port maritime ; la seconde dessert un zone commerciale et industrielle.

"Sur les neuf kilomètres du BHNS, 6 sont intégralement en site propre", précise Yann Dufour, directeur du service transport à la Carene et chef du projet Hélyce. "Ce tronc commun est prolongé par deux branches de 6,5 et 9 km qui n’ont pas été dotées d’aménagements physiques spécifiques car sur ces axes, la circulation est relativement fluide. De plus, les capacités financières de l’agglo ne permettaient pas de construite un site propre de 24 km". Coût de l'investissement, 56 millions d’euros (HT) pour lequel la collectivité a perçu une subvention de 6,3 millions dans le cadre de l'appel à projets du Grenelle de l’environnement et de la politique de la ville.

Ce qui était initialement un "simple" projet de transport en commun s’est rapidement transformé en un projet d’aménagement urbain, avec 35 millions d’euros supplémentaires investis. "Le budget global d’Hélyce est passé de 22 à 56 millions d’euros", rappelle Olivier Richard. Un budget qui a notamment servi à transformer la gare de Saint-Nazaire en un pôle intermodal et a requalifier la traversée du centre-ville.

 

Chalon-sur-Saône flashe sur ses bus

A Chalon-sur-Saône, la ligne de BHNS de 6,4 km - les trois premiers seront inaugurés le 3 septembre - a été baptisée Flash en référence à Nicephore Niepce, pionnier de la photographie natif de la ville. Ce site propre dessert les principaux pôles d’activités de la ville : la zone industrielle de Saôneor (où s’implantera le cybermarchand Amazon), des établissements scolaires et un quartier en renouvellement urbain. Il dessert aussi la zone piétonne (créée en 2011), passe à proximité du Palais de justice, de la sous-préfecture et a son terminus à la gare. "Laquelle est amenée à se développer avec le TGV Rhin/Rhône", souligne Jean-Noël Despocq, vice-président des transports et de l’intermodalité au Grand Chalon (39 communes, 110 000 habitants). 

C’est pourquoi ce pôle d’échanges a été requalifié pour devenir un lieu d’intermodalité avec la création de chemins piétonniers sécurisés. D’autres secteurs du centre-ville ont bénéficié d’opérations de requalification urbaine. Notamment la rue Niepce où un autopont a été détruit pour réduire les flux de transit. Cette politique s’est accompagnée de la suppression de places de stationnement en centre-ville. En échange, deux parc-relais ont été construits en périphérie pour inciter l’utilisation des transports collectifs.

 

19 km/h

Fin 2013, cette ligne sera totalement achevée et les bus évolueront alors en site protégé sur 4,5 km. Une extension qui permettra de relier le centre-ville aux Près Saint-Jean, un quartier en renouvellement urbain concentrant 15% de la population de l’agglomération. Avec une fréquence de 10 minutes en heure de pointe, Flash dessert un bassin de vie de 18 000 habitants et autant d’emplois. Le tout en moins de 20 minutes grâce à une vitesse commerciale de 19 km/h, soit 6 km/h de plus que les bus évoluant au cœur de la circulation.

Ce projet qui a nécessité un investissement de 11 millions d’euros (HT) avec le matériel roulant, a bénéficié d’une subvention de l’Etat (1,1 million) dans le cadre du Grenelle 2 de l’environnement.

 

Christine Cabiron (avec Robert Viennet)