L'Autorité de la concurrence ayant donné son feu vert, la fusion annoncée fin 2010 entre Systra, Inexia (filiale d'ingénierie de la SNCF) et Xelis (filiale d'ingénierie de la RATP), sera effective au 1er juillet 2012. Ce qui fera de Systra le numéro 1 du marché français de l'ingénierie du transport guidé : grande vitesse ferroviaire, rénovation des réseaux, métros automatiques et ouvrages souterrains en milieu urbain complexe.

A l'international, selon le classement ENR 2011 (Engeneering news record), Systra se place en deuxième position, derrière Balfour Beaty et devant Mott Mac Donald.

L'absorption des deux pépites de la SNCF et de la RATP (Xelis, Inexia) par Systra (déjà co-détenu par la RATP et la SNCF*) a déjà permis au groupe, qui veut devenir le "champion mondial" dans son domaine, de passer d'un chiffre d'affaires de 257,8 millions d'euros en 2010, à 416 millions d'euros en 2011, avec un carnet de commandes de 807 millions d'euros.
"Soit deux ans de chiffre d'affaires, pour moitié en France et moitié à l'international", a précisé Pierre Verzat, président du directoire (en photo), lors d'une conférence de presse le 25 mai 2012, jugeant que le groupe est "dans une brillante situation".


Redoubler le chiffre d'affaires en 5 ans

Avec notamment le projet du métro automatique Grand Paris Express dans le viseur (évalué à 20,5 milliards d'euros), le nouveau Systra se met donc en ordre de bataille (lire notre précédent article sur cette fusion). Objectif, 800 millions de chiffre d'affaires en 2016, uniquement en croissance interne.

"Pourquoi c'est possible ? Parce qu'il existe un marché accessible de 4 milliards d'euros, uniquement en ingéniérie, estime Pierre Verzat. Dans le monde, 25 mégapoles comptent plus de 10 millions d'habitants, un Asiatique sur trois part vers la ville, le seul frein au développement des transports, c'est la crise financière. Mais tout au plus en Europe et en France, cette crise aura un effet retardateur", prédit le dirigeant de Systra. "Les projets en cours sont déjà très avancés et la rénovation du réseau ferré existant est un principe de réalite", juge Philippe Naudi, son directeur développement et stratégie.

Implanté dans 150 pays, très présent au Maghreb et au Moyen-Orient, Systra a remporté dernièrement des contrats en Inde, en Corée du Sud, au Maroc ou encore à Bagdad. Mais c'est vers des marchés "que nous avons un peu délaissés comme l'Amérique Latine et la zone Asie Pacifique", que veut se tourner Systra, et vers d'autres "que nous n'avons pas été capables de capter, faute de ressources humaines", précise Philippe Naudi.
"La fusion et l'apport de 350 ingénieurs et commerciaux vont nous aider à avoir une plus grosse force de frappe", poursuit Pierre Verzat. Aux Etats-Unis, c'est par la biais de partenariats locaux que Systra compte attaquer le marché du ferroviaire et des métros.

Et si l'Europe de l'Est et du Nord est "très prometteuse", c'est aussi en France et notamment en Ile-de-France, que les regards sont braqués, avec le projet de métro automatique du Grand Paris (lire), inclus dans les 800 millions de projection de chiffre d'affaires à l'horizon 2016, précise Gilles Cartier, directeur France.
A condition que ce projet titanesque de plus de 20 milliards d'euros (30 milliards si l'on inclue le Plan de mobilisation des transports de la Région) ne soit pas remis en cause par Cécile Duflot, nouvelle ministre en charge du dossier (lire l'encadré ci-dessous)


Nathalie Arensonas (avec Alban Elkaïm)

* Systra avait été créée en 1995 par la fusion des filiales d'ingénierie de la SNCF et de la RATP, Sofrérail et Sofrétu. Les deux groupes publics avaient néanmoins fondé ensuite chacun un service concurrent à Systra en 2006, Inexia et Xelis.