Dernier acte de la réunification allemande, Berlin n'aura bientôt plus qu'un seul et unique aéroport. Ni à l'est, ni à l'ouest, mais 25 kilomètres au sud de la capitale allemande. Le grand transbordement devait avoir lieu dans la nuit du 2 au 3 juin 2012, mais les travaux ont pris du retard, principlament les installations de sécurité, et les ailes de la réunification devront attendre fin 2013 ou 2014.

C’est la cinquième fois que la date d’inauguration de l'aéroport international Berlin-Brandenburg Willy-Brandt est retardée pour des "problèmes techniques". Le système de sécurité incendie a été mis en cause. Un rapport pointe plusieurs centaines de dysfonctionnements, allant du réseau informatique d’enregistrement au balisage des pistes,

La décision avait été prise dès 1995, six ans après la chute du Mur, mais les travaux n'ont commencé qu'en 2006. Et un mois avant ce qui devait être le Jour J - le 3 juin 2012 - 6 000 ouvriers s'activaient encore pour que le nouvel aéroport Berlin Brandenburg (BER) Willy Brandt soit fin prêt pour le premier vol de 5h30 opéré par Lufthansa, entre Berlin et Francfort.

Interrogé le 4 mai 2012, Olivier Wagner, responsable commercial des vols domestiques et européens de la compagnie aérienne allemande, confiait déjà à Mobilcités que les délais seraient difficiles à tenir. "C'est pas gagné, il faudrait que BER (le consortium public-privé qui construit et gèrera le futur aéroport, ndlr), augmente la cadence et injecte davantage d'ouvriers sur le chantier pour respecter ce calendrier serré", commentait alors le représentant de Lufthansa, deuxième compagnie sur Berlin derrière Air Berlin et devant Easyjet.
Avec des tarifs d'appel ultra compétititifs (à partir de 49 euros l'aller simple au départ de Paris par exemple), les trois compagnies se taillent des croupières pour gagner des parts de marché sur la destination touristique montante.


"Gérer le chaos"

En visitant le chantier du futur terminal, le 2 mai, on avait en effet du mal à imaginer qu'un mois après, 75 compagnies aériennes y seraient théoriquement installées et en mesure d'envoyer des dizaines de milliers de passagers vers les 172 destinations desservies par le nouvel aéroport. Difficile encore de discerner les portes de sécurité, les espaces de traitement des bagages, les boutiques, les salons d'attente, les lounges, les restaurants, les bars.
Les tapis roulants pour conduire les passagers d'un bout à l'autre de ce bâtiment carré de 9 000 m2 et les guichets d'enregistrement étaient en place, la tour de contrôle, elle, a été ouverte en avril. "Nous saurons gérer le chaos, c'est un vrai défi qui ne se présente qu'une seule fois dans la vie d'un professionnel du transport aérien", commente Oliver Wagner en se frottant les mains.

Pourquoi ce big bang à réaliser en une seule nuit ? Parce qu'en quelques années, Berlin s'est hissée parmi les trois premières destinations touristiques européennes derrière Londres et Paris, raflant la troisième marche du podium à Rome en 2011 avec plus de 22 millions de nuités. Le trafic aérien a doublé en dix ans, à 22,5 millions de passagers, bien au delà des capacités d'accueil de l'aéroport de Tegel. Plus proche de Berlin (10 km), il rendra les clés à la ville, propriétaire du site et des terrains, sans que la collectivité locale ne sache encore quoi en faire.
Celui de Schönefeld ne servira plus qu'aux vols des officiels du gouvernement et prêtera l'une des ses pistes au nouvel aéroport. Quant à celui de Tempelhölf situé presqu'en ville, il avait fermé ses pistes en 2008 pour devenir un lieu d'événementiels.



Liaison feroviaire express


A son ouverture, le BER qui aura coûté 2,5 milliards d'euros financés en partenariat public-privé, "pourra absorber 27 millions de passagers annuels, et 45 millions à terme avec les deux terminaux satellites en projet", observe Oliver Aust, porte-parole de BER. Troisième hub européen, Francfort gardera sa place, mais l'objectif des autorités aéroportuaires allemandes est de hisser Berlin parmi les Top 10 européens. Et d'en faire le troisième aéroport en Allemagne, après Francfort et Munich (respectivement 56 et 50 millions de passagers annuels).

Une bretelle d'autoroute a été construite pour irriguer le nouveau terminal à l'architecture très aérienne, habillé de verre et de bois. Une "virgule" ferroviaire a également été tracée pour permettre à la navette Airport Express de relier en 20 minutes le nouveau terminal au centre ville à partir de Hauptbahnof, la grande gare de Berlin. Mais aussi au S Bahn (le RER) et aux trains régionaux d'être connectés. La gare située sous l'aéroport comptera six voies. Et pour les plus courageux, une piste cyclable de 25 kilomètres va relier Berlin à son nouvel aéroport.


Nathalie Arensonas