La rédaction du nouveau contrat qui a fait l'objet de négociations intenses et qui va lier jusqu'en 2015 la RATP au Syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif) ne serait pas du tout influencé par le récent rapport parlementaire sur les RER "à bout de course" (lire), ni par les récentes perturbations à répétition sur les lignes du RER, selon Sophie Mougard.
La directrice générale de l'autorité organisatrice des transports franciliens présentait les grandes lignes du contrat à la presse, à la veille de son vote en conseil d'administration, le 14 mars 2012 (1).


Bonus-malus musclés

Non, si le nouveau contrat insiste à coups de bonus-malus musclés sur la ponctualité des services (en heure de pointe comme en heure creuse), c'est parce que le sujet bat tous les records dans les enquêtes menées par le Stif auprès des usagers : "9 000 Franciliens ont répondu à notre enquête en ligne et le sujet qui arrive en toute première place, c'est le problème de la fiabilité du réseau", observe Sophie Mougard.

Valérie Pécresse, chef de file UMP à la Région Ile-de-France (elle siège à ce titre au conseil d'administration du Stif), a d'ailleurs profité de l'imminence du vote du contrat le 14 mars, pour demander une meilleure indemnisation des usagers en cas de service dégradé.
En mars 2012, les abonnés du Passe Navigo zones 3 et + ont bénéficié d'une ristourne de 50% pour compenser les perturbations incessantes sur le RER B pendant trois semaines (lire), "conformément à l'article 87.3 du contrat concernant les situations inacceptables sur le réseau", rappelle Sylvie Mougard


Suivi ligne par ligne, branche par branche

La ponctualité "des voyageurs et non pas des trains", insiste-t-elle, est donc l'un des indicateurs qui coûtera particulièrement cher à la RATP si ses RER et ses métros ne sont pas à l'heure. "Nous avons augmenté le poids de la ponctualité de 50% dans le système de bonus-malus (2), par rapport au précédent contrat", précise-t-elle en annonçant le suivi des trains supprimés, "l'objectif étant d'inciter la RATP à faire circuler ses trains, même en situation perturbée", plutôt que d'arrêter les services.
"Dans ce contrat fondamentalement différents des précédents, la ponctualité représente 43% du système de bonus-malus", confirme Pierre Mongin, patron de la Régie.

Sur le réseau de bus, de tramway et de RER, la production sera dorénavant suivie ligne par ligne, et branche par branche pour le RER (le suivi était global dans le précédent contrat), l'objectif étant de vérifier qu'entre l'offre de régularité promise et la situation réelle, il y ait le moins d'écart possible. Sinon, c'est le malus.

Concernant la gestion unifiée du RER B prévue d'ici à fin 2013 (lire notre article sur ce sujet) pour améliorer l'efficacité de cette ligne saturée et qui emprunte l'un des tunnels les plus chargés au monde entre Châtelet-les-Halles et gare du Nord (1 000 trains par jour), "le Stif attend de la RATP et de la SNCF la preuve de mesures concrètes en ce sens", pointe la directrice générale.


Avaries ou suicides

Dans le métro, le contrat exige qu'aux heures de pointe, toutes les rames prévues passent, "quelle que soit la situation sur le réseau, et qu'aux heures creuses, "il y ait le moins d'écart possible entre le temps d'attente promis et le temps d'attente réel". Faute de quoi, le Stif appliquera son malus ponctualité.
Si la RATP a la responsabilité des causes internes d'irrégularité (avaries sur le matériel roulant par ex), comment maîtriser les causes externes comme les suicides ?  
Réponse de Sophie Mougard : "L'opérateur doit mettre en œuvre des mesures pour maîtriser ces incidents voyageurs dans le temps, prévoir des équipes d'intervention rapidement mobilisables" pour que l'impact soit minime sur les autres voyageurs. En réalité, le contrat prévoit une franchise pour gérer ce type d'aléas, mais si la RATP ne met pas en place des moyens efficaces, elle sera sanctionnée par une pénalité financière.

Après un incident majeur, le contrat prévoit qu'un administrateur du Stif rencontre un voyageur l'ayant vécu pour déterminer si la RATP a mis en œuvre les moyens nécessaires pour gérer et atténuer l'impact sur le trafic. "Nous souhaitons aussi prolonger l'expérience des témoins de lignes (une idée lancée par la Fédération des usagers des transports) qui suivent au quotidien les lignes de métro et remontent l'info au Stif", indique Sophie Mougard


Informations voyageurs
 
Deuxième grand volet du nouveau contrat Stif-RATP, l'information voyageurs. C'est le deuxième indicateur, après la ponctualité, qui impactera la rémunération de la Régie. "Avant, le critère c'était les écrans d'informations, demain, c'est la pertinence, la visibilité et la mise en jour de l'information sur des écrans statiques et dynamiques, en situation normale et perturbée, qui sera prise en compte".
Comment mesurer la qualité et la réactivité de l'information ? Grâce aux enquêtes voyageurs censées révéler si la qualité de l'info s'améliore ou se dégrade.

Signature avec la RATP prévue le 16 mars, bien avant celle du contrat entre le Stif et la SNCF qui visiblement se heurte à des blocages. "Les propositions financières initiales de la SNCF sortaient des conditions acceptables", résume Sophie Mougard qui attend que la compagnie ferroviaire "mette en œuvre un projet de service amélioré en terme de régularité, de ponctualité et de qualité de service. "On négocie, on discute, ce n'est pas simple...", a lâché la représentante du Stif. Mais a t-elle d'autres choix ?

Nathalie Arensonas

(1) Le conseil d'administration de la RATP a entériné ce contrat le même jour.


(2) En 2009, la RATP a touché 15 millions d'euros de bonus et le malus sur l'offre de tranport non réalisée s'est élevé à 4,4 millions. En 2010, le bonus a été de 16,7 millions, le malus de 5,8 millions.