On ne pouvait pas rêver meilleur spécialiste du sujet dans une équipe de campagne. Roland Ries, sénateur-maire PS de Strasbourg et président du Groupement des autorités responsables de transport (Gart) connaît ses gammes. Et il les fait devant qui veut bien les entendre.
Les journalistes du transport, en l'occurrence qu'il a réunis le 15 février afin de présenter les dix propositions de François Hollande sur un sujet qui, même s'il n'est pas le plus clivant entre les principaux candidats, comporte un dossier ferroviaire bien épineux (ouverture à la concurrence des lignes voyageurs intérieures, statut des cheminots, réforme de la gouvernance avec la SNCF et RFF à départager).


Les 10 propositions du candidat socialiste :
  • TCSP : Un troisième appel à projets
Deux milliards et demi d'euros avaient été prévus dans la loi Grenelle 2 pour aider les villes françaises à s'équiper de tramways, bus à niveau de service (BHNS) ou simplement sur voie réservée. Deux premiers appels en projets ont déjà permis de débloquer 1,5 milliard en 2008 et 2011. Il reste donc un milliard à "distribuer" et "le Gart a repéré 45 projets dans les tiroirs des agglomérations de taille moyenne, surtout des bus à haut de service, des tramways compacts comme à Besançon, par exemple", a indiqué Roland Ries. L'enveloppe budgétaire n'est pas décidée mais il faudrait 400 à 500 millions d'euros pour faire face à la demande".
François Hollande s'engage à lancer un troisième appel à projets avec un taux de subvention de l'Etat de 15 à 20% de l'assiette subventionnable.

  • Nouveaux projets de lignes à grande vitesse : "analyser leur utilité sociale"
"Les projets de LGV en cours (LGV Est, Tours-Bordeaux, Bretagne-Pays de la Loire ndlr) seront honorées, mais aussi les 1 000 kilomètres par an de voies ferrées à moderniser. Quant aux nouveaux projets de LGV, il faudra analyser quelle est leur utilité sociale et se tourner du côté des subventions européennes, notamment les 50 milliards du plan MIE (Mécanisme pour l'interconnexion en Europe) pour pouvoir les financer".

  • Tarification des transports urbains : selon le quotient familial et non plus le statut des usagers
"L'idée, c'est de passer à une tarification en fonction des capacités contributives des usagers des transports collectifs, comme cela existe déjà à Strasbourg (les tarifs d'abonnements varient de 2,30€ à 46€) et Grenoble. Ce serait un système plus juste selon François Hollande, qui est hostile à la gratuité".

  • Contre l'ouverture à la concurrence des Trains d'équilibre du territoire (TET)
La mise en concurrence des TET, l'une des conclusions des Assises du ferroviaire présentées mi-décembre 2011 par le gouvernement (lire l'article sur ce sujet), n'est pas au programme du candidat socialiste : "Dans l'état actuel des choses, ces trains d'équilibre du territoire ont, comme leur nom l'indique, une fonction de solidariser les territoires. On ne peut donc pas laisser à la concurrence ces trains d'intérêt public", a relevé Roland Ries. "De manière générale, François Hollande n'est pas favorable à la mise en concurrence des lignes ferroviaires de voyageurs, sauf sous forme d'expérimentation".

  • Ouverture à la concurrence des lignes TER : "expérimentons d'abord et négocions une convention collective du transport ferroviaire de voyageurs"
"Avant toute ouverture à la concurrence des lignes TER, il faut tirer le bilan de la libéralisation du trafic international et du fret ferroviaire. L'ouverture d'un marché TER ne pourra se faire qu'à l'initiative des régions et sous forme d'expérimentation. Et il faudra régler le problème du statut des cheminots avec une convention collective du transport ferroviaire de voyageurs, avec le socle du statut des cheminots d'aujourd'hui. La concurrence ne peut en aucun cas être un prétecxte de dumping social".

  • Réformer et moderniser le fret ferroviaire
Alors que l’Allemagne a fait progresser les marchandises transportées par le rail de 52 %, "le fret ferroviaire arrive péniblement à 9,4 % de part de marché en France ", constate le sénateur qui en profite pour pointer du doigt la dette croissante de la SNCF et de RFF.
"Globalement, le système ferroviaire est loin de donner satisfaction. Il faut améliorer le raccordement des ports, des aéroports, internaliser les coûts du transport routier de marchandises dans les prix du transport (coût de construction et d'entretien des routes), investir dans du matériel ferroviaire pour le fret".

  • Décentraliser les transports avec la création d'autorités organisatrices de mobilité durable
"Ces autorités dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants auraient la compétence de gestion des transports publics, des systèmes d'autopartage, de covoiturage, des vélos en libre-service, et même du stationnement et de la voirie. Elles disposeraient ainsi de toute la boîte à outils indispensable pour organiser la chaîne de mobilité, l'intermodalitépour bien coordonner les politiques de transport et d'urbanisme. Car il faut travailler sur l'origine des flux plutôt que sur la gestion des flux.Certains déplacements ne sont pas inéluctables, pour cesser de voire la ville grignoter la campagne, il faut renforcer la loi SRU (loi Solidarité et renouvellement urbain votée en 2000, les Scot (schémas de cohérence territoriale instaurés par la loi SRU), faire plus de densité urbaine".

  • Création d'une ressource fiscale pour les régions
Soit, une extension du versement transport (VT) au-delà du périmètre de transport urbain, soit un versement transport "intersititiel" plafonné. Déjà proposé par le sénateur Ries dans la loi de Finances 2011, cet amendement sur un VT "interstitiel" avait été rejeté.
Pour rappel, le VT est acquitté par les entreprises de plus de 9 salariés implantées à l'intérieur d'un périmètre de transport urbain. Son taux plafond varie selon la taille de l'agglomération (de 0,55% à 1,75% de la masse salariale). Son produit sert à financer en partie les transports collectifs urbains.


  • Gouvernance ferroviaire : "la gestion hybride SNCF/RFF ne tient pas"
"Nous penchons pour une réunification de la gestion des infrastrucures par le biais d'une holding, le système à l'Allemande. Tout en maintenant une séparation comptable. Le 4è paquet ferroviaire que doivent présenter la commission et le parlement européen courant 2012, va dans le sensde cette séparation organique".

  • Une fiscalité écologique pour dégager des ressources pour les transports publics
"La taxe poids lourd qui tarde à entrer en vigueur, et l'Eurovignette 3 (principe du pollueur-payeur) sont des ressources pour alimenter l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), elle-même censée financer les transports publics.
Actuellement, son budget annuel est de 2 milliards d'euros et le Schéma national des infratructures de transport (SNIT) comptabilise 245 milliards de projets : "c'est un exercice rêvé, il faudrait 120 années de budget annuel du Stif pour y arriver!", conclut le conseiller de François Holande qui propose que l'Etat émette des obligations pour alimenter l'Afitf, après la remise en concurrence des concessions autoroutières en 2030.


Nathalie Arensonas