"Nous voulons sortir de notre image industrielle, de celle d'une ville reconstruite après la Seconde guerre mondiale où il pleut tout le temps." Alain Masson, premier vice-président de la communauté urbaine Brest métropole océane (BMO) en charge des grands projets, le concède bien volontiers : oui, la mise en service d'un téléphérique, votée à l'unanimité par le conseil communautaire au mois de décembre dernier, aura forcément une "incidence" sur le rayonnement de la ville-phare du Finistère.
Voilà surtout un équipement "plus simple à construire qu'un pont ou une passerelle", assure Victor Antonio, responsable de la mission tramway au sein du pôle de développement économique et urbain de BMO.

C'est moins cher surtout : l'enveloppe prévisionnelle se limite à 15 millions d'euros quand, à titre de comparaison, un pont routier levant aurait coûté au moins le double. En plus de son attractivité touristique, cette liaison aérienne par câble, le terme technique, "n'a pas vraiment de défauts", considère Victor Antonio : de l'accessibilité à la fréquence, en passant par une faible émission de gaz à effet de serre grâce à son moteur électrique unique ou un coût d'exploitation annuel pas si déficitaire que cela (290 000 euros de recettes contre 365 000 euros de dépenses). Cerise sur le gâteau, il s'agirait de l'un des moyens de transport les plus sûrs qui soient.


675 000 passagers par an

Dans un souci politique d'agrandissement de l'hypercentre brestois, le téléphérique reliera le futur éco-quartier et pôle culturel des Capucins, qui dominera la rive droite, au bas de la rue de Siam, là où commence l'actuel cœur de ville sur la rive gauche. Pour le moment, autour de cette zone, deux ponts routiers, dont celui de Recouvrance, restent les seuls moyens pour le grand public de franchir la Penfeld. Avec ce téléphérique double voie à va et vient, la traversée de ce fleuve côtier s'effectuerait en trois minutes, de l'embarquement au débarquement dans les stations, dont l'une devrait être enterrée. Coût du voyage ? Celui d'un ticket de tramway, soit 1,35 euro.

D'après les toutes premières projections, ce mode de transport "doux" permettrait de faire voyager jusqu'à 1 200 passagers par heure et par sens, l'équivalent de 675 000 usagers chaque année. Il progressera sur 410 m de long, culminant à 60 m de hauteur tout en étant capable de supporter des rafales de vent de 120 km/h. La Marine nationale a rapidement donné son accord pour le survol de sa base navale, point du dossier potentiellement le plus délicat, et l'implantation sur son site d'un ou de plusieurs pylônes soutenant les câbles.


À Toulouse aussi, mais pas avant 2020

La phase préliminaire de concertation sera lancée dans le courant du premier semestre de cette année en même temps que l'appel d'offres pour trouver le maître d'ouvrage délégué. Architectes et industriels seront sélectionnés entre 2013 et 2014, puis viendra le temps des travaux, dont la durée est estimée à moins d'un an. Avant même l'officialisation du projet, le leader mondial de construction des téléphériques, l'entreprise française Poma, s'est rapproché de BMO.

Et le conseil général du Val de Marne nous a fait savoir qu'il portait, aux côtés des villes de Créteil, Limeil-Brévannes, Valenton et Villeneuve-Saint-Georges, un projet de téléphérique urbain. "Initié en 2008, ce projet baptisé "Métrocâble" est aujourd'hui en bonne voie. Les études pourraient d'ailleurs être financées prochainement par la région Ile-de-France et le conseil général", indique Yoann Rispal, coordinateur Grand Paris Express-Stif.

Dans l'Hexagone, aucun téléphérique urbain à proprement parler n'existerait, selon Alain Masson : les autres équipements sont utilisés dans les stations de ski ou ont une visée purement touristique, comme celui de Grenoble. Actuellement, un autre programme similaire à celui de Brest est à l'étude du côté de Toulouse. Mais il ne sera pas livré avant 2020. Londres doit également installer une liaison par câble en vue des Jeux olympiques d'été. Toujours à l'étranger, parmi les villes possédant un téléphérique, citons Barcelone, Lisbonne, New York ou bien encore Medellín, en Colombie.

Aurélien Douillard